mardi 1er novembre 2005
NOVEMBRE-DECEMBRE 2005
Interview d’AIR-Libre publiée dans la Gazette des femmes : La violence est-elle unisexe ?, Conseil du Statut de la Femme, Québec, vol. 27, n° 3. http://www.gazettedesfemmes.csf.gouv.qc.ca/precedent/
Communiqué : http://www.gazettedesfemmes.csf.gouv.qc.ca/communique/ ?F=nov_dec2005&rub=1
http://www.csf.gouv.qc.ca/fr/communiques/ ?F=affiche&id=228
La violence est-elle unisexe ?
« Ça fait 20 ans qu’on entend parler des femmes victimes. Parler des femmes violentes, c’est nouveau, plus sensationnel ! » Diane Prud’homme
Lundi 14 novembre 2005 - C’est le discours à la mode. Les femmes sont aussi violentes que les hommes dans le couple. Autant d’études le confirment… ou concluent exactement le contraire. Après la guerre des sexes, la guerre des chiffres ! Le dossier de novembre-décembre de la Gazette des femmes vide la question.
Au premier coup d’œil, certaines statistiques laissent croire à une symétrie de la violence conjugale. « Le taux de prévalence sur cinq ans de la violence conjugale de la part du conjoint ou d’un ex-conjoint s’établit à 67 ‰ chez les femmes et à 62 ‰ chez les hommes, au Québec », peut-on lire dans une étude publiée par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ), en 2003.
« Le problème, c’est que bien des gens ne prennent pas la peine de lire au complet les rapports statistiques », souligne Lucie Bélanger, chercheuse au Conseil du statut de la femme. La même étude de l’ISQ montre pourtant que trois fois plus de femmes que d’hommes ont été battues, près de cinq fois plus ont failli être étranglées, deux fois plus menacées d’une arme et sept fois plus forcées à une activité sexuelle.
« Parce qu’elles se présentent sous forme simple, d’apparence objective, facile à diffuser dans les médias et à assimiler par l’opinion publique, les statistiques ont un impact important sur les représentations sociales de la violence dans un contexte conjugal », dit la sociologue Françoise Guay, coauteure de l’étude La question de la symétrie dans les enquêtes sur la violence dans le couple et les relations amoureuses (2005).
Manon Monastesse, coordonnatrice à la Table de concertation en violence conjugale et agressions à caractère sexuel de Laval, s’inquiète. « Les groupes masculinistes réinterprètent les statistiques. Ils ont un lobby puissant et ma crainte, c’est qu’on leur donne beaucoup de crédibilité, sans faire une analyse soutenue de leurs propos. »
Pendant ce temps, on oublie les victimes de la violence des femmes. Françoise Guay relève le paradoxe : « Ceux qui font la promotion de la symétrie de la violence conjugale se préoccupent relativement peu des hommes victimes. Ça leur importe plus de montrer que les femmes sont violentes que d’aider ces derniers. »
Par ailleurs, la Gazette des femmes lève le voile sur le tabou de la violence des femmes. Selon l’étude de l’ISQ, 8 % des hommes violentés, contre 38 % des femmes, ont craint pour leur vie ; 32 % des femmes contre 10 % des hommes qui se sont fait tabasser ont dû s’absenter du travail ou cesser leurs activités quotidiennes. Il arrive donc que les femmes ne soient pas du côté des victimes.
« Jusqu’à maintenant, on a été très pro-victime, mais il faut passer à une nouvelle étape : s’occuper des femmes agresseures et lancer le débat du "comment s’en occuper" », affirme Manon Monastesse. « En fait, il y a une difficulté à parler des femmes violentes, même dans les milieux d’intervention, parce qu’on craint que cela soit récupéré par d’autres groupes. »
Vanessa Watremez, présidente de l’organisme français Association d’interventions, de recherches et de lutte contre la violence dans les relations lesbiennes et à l’égard des lesbiennes, renchérit : « Si la violence des femmes est restée longtemps taboue, c’est parce que nous savions qu’elle pouvait être réinterprétée à mauvais escient et devenir une arme contre toutes les femmes. Les craintes se vérifient concrètement aujourd’hui à travers l’usage que les masculinistes font de ce phénomène. »
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