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La réalité de la violence dans les relations lesbiennes, VW, 2006

jeudi 16 mars 2006


La réalité de la violence dans les relations lesbiennes. Vanessa Watremez

Historique C’est en 1983, aux États-Unis, la première fois qu’un travail sur le phénomène de la violence dans les relations lesbiennes est discuté et approfondi – lors d’une conférence organisée à Minneapolis par une Coalition nationale contre la violence domestique dans les relations lesbiennes. On reconnaît alors ici la violence dans les relations lesbiennes comme étant un problème social. En 1986, la même coalition publie sous la direction de Kerry Lobel un livre qui est maintenant une anthologie sur le sujet. Ensuite, s’en suit toute une série de micro-étude des plus féministes aux plus tendancieuses. Aujourd’hui, le chemin parcouru est vertigineux aux États-Unis : nous pouvons même voir des affiches de campagnes de sensibilisation dans les stations de métro à Boston, New York, et San Francisco qui montrent que : « Un couple gay et lesbien sur quatre fera l’expérience de la violence domestique ». Il faudra attendre 1995 au Québec pour aborder cette problématique – avec la création du Groupe d’intervention en violence conjugale chez les lesbiennes, le GIVCL ; et avec la politique d’intervention en matière de violence conjugale du gouvernement québécois qui prend en compte pour la première fois la réalité de la violence dans les relations lesbiennes et gays au niveau officiel. Et c’est seulement, en 2005, en France que se créé la première association sur ce sujet : AIR-Libre. Ainsi, ce phénomène est pris en compte dès 1983 et très largement de nos jours en contexte anglo-saxon, et de plus en plus en contexte francophone. Donc ce n’est pas un phénomène qui apparaît aujourd’hui, c’est quelque chose que l’on observe et étudie depuis les années 80 – mais non sans heurts tant les tabous sont nombreux et les enjeux d’un point de vue féministe importants.

Une réalité chiffrée Très vite, des premières études se sont attachées à mesurer les taux de violence dans les relations lesbiennes. Au début, on est passé par des taux de violence qui variaient de 20% à 52% des relations lesbiennes. Je ne rentrerai pas dans les détails ici, mais ce sont des études peu sérieuses qui sont parvenues aux taux de 52%. Aujourd’hui, il semblerait qu’on arrive à un consensus (malgré les études contradictoires !) où les taux de prévalence de la violence dans les relations lesbiennes seraient sensiblement les mêmes que dans les relations hétérosexuelles : donc entre 25% et 33% des couples. Mais ce chiffre ne signifie pas grand chose en soi, on ne peut pas le mettre en perspective directe avec celui des relations hétérosexuelles pour dire que les femmes ou les lesbiennes seraient aussi violentes que les hommes. Car dans une relation hétérosexuelle, les hommes sont significativement plus violents envers les femmes dans leur relation que l’inverse. Les hommes restent à plus de 90% responsables des violences faites aux femmes, c’est ça qui faut retenir. Il ne faut pas se laisser abuser par les chiffres.

Un cycle et une spirale Ce phénomène s’inscrit dans un cycle (Brand & Kidd, 1986 ; Hart, 1986 ; Renzetti, 1989, 1992 ; Ristock, 2002).

Une relation violente se caractérise à la fois par des périodes de violence et par des périodes de calme ou de répits. Ce n’est donc pas les seuls actes de violence isolés qui définissent une relation violente, mais le cycle dans lequel ces violences s’inscrivent. C’est ainsi qu’après une scène violente, la relation entre dans une phase de rémission et d’excuses. Celle qui est à l’initiative de la violence se déresponsabilise et justifie sa violence (« c’est l’alcool », « tu m’as provoquée », « j’ai perdu le contrôle », « si tu n’avais pas ceci ou cela », etc.). Ensuite, on entre dans une phase de lune de miel : celle qui est responsable de la violence cherche la réconciliation et promet que cela va cesser. Pour appuyer ses dires, elle fera des cadeaux, sera très amoureuse, promettra beaucoup de choses… De son côté, la victime de la violence l’excuse et développe l’espoir que tout va changer. La relation n’est pas identifiée comme étant une relation inscrite dans un cycle de violence. Ces dernières phases permettent au cycle de perdurer.

Ce cycle s’inscrit et se développe dans une spirale (Hart, 1986 ; Renzetti, 1989, 1992 ; Tully, 1999 ; Ristock, 2002). Avec le temps, la violence se fait de plus en plus souvent et de plus en plus forte dans les formes. Avec le temps, la violence ne s’arrête pas, au contraire, elle s’intensifie. L’escalade peut aller jusqu’à l’homicide.

Notons qu’il n’est jamais simple de quitter une relation violente, car peu à peu on est contrôlée à rester (la partenaire violente a ébranlé la confiance en nos propres jugements, elle a persuadée que l’on ne pouvait pas vivre sans elle, elle menace si on envisage de la quitter, etc.).


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